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Les JEM de Tryon, les jeux de la honte ?

Depuis l’arrivée des premiers concurrents à Tryon, en Caroline du Nord (Sud-Est des Etats Unis) la semaine dernière, les 8ème jeux équestres mondiaux semblent vouloir s’inscrire comme l’une des pires édition jamais connue.
Après le scandale des conditions d’accueil déplorables des grooms, dénoncés le week-end dernier sur les réseaux sociaux et via le magazine en ligne Grand Prix (voir ici), c’est au tour de l’endurance de connaitre un dénouement tragique. Récit des jeux qui partent à vau-l’eau, avant même que l’ouragan Florence ne les frappe.

Mardi 11 septembre : avec une chouette cérémonie d’ouverture, la compétition semble reprendre le pas sur une organisation jugée légère.
Mercredi 12 septembre : les hostilités débutent avec l’endurance, première des 8 disciplines à s’élancer.
Au départ, 29 nations, dont 4 fortes prétendantes au titre : l’Espagne, les Emirats Arabes Unis, les Etats-Unis à domicile et la France, chacune présentant 4 (5 pour les USA) cavaliers (3 cavaliers minimum composent une équipe). Au programme : 160 km à parcourir, répartis en 5 boucles (au lieu de 6 traditionnellement), de la pluie, un taux d’humidité de 80% et peu d’air, le tout sous 30°C.
Pour rappel, il y a 4 ans en Normandie, c’est l’Espagne qui l’avait emportée, devant la France et la Suisse. En individuel, le Sheikh Hamdan bin Mohamed Al-Maktoum sur Yamamah (Emirats Arabes Unis) s’était imposé devant Marijke Visser (Pays-Bas) et Abdulrahman Saad Al Sulaiteen (Qatar).
Mais alors même que la course était lancée, un scénario des plus improbables s’est produit. En voici la substance :
* DES TENSIONS AVANT COURSE :
Depuis quelques années, l’endurance est régulièrement au cœur de scandale, pour mauvais traitements de chevaux, tricheries, dopages et pots de vin (quelques exemples ici et ici). Les délégations avaient à cœur de redorer le blason de la discipline lors de ces JEM. *Spoiler alert* : il n’en sera rien.
Des tensions sur le tracé de l’épreuve ont en effet eu lieu en amont de la course, ce qui avait même conduit le vétérinaire en chef a démissionner.
* UN DÉPART CHAOTIQUE :
Mercredi 12, 7h (heure locale) : le scénario catastrophe débute avec un départ anarchique, qui a entraîné un second départ un peu plus tard, une partie des concurrents ayant été mal avertis et ayant loupés le premier. Dans quelle course digne de ce nom oublie-t-on une partie des concurrents ?

* UN PARCOURS MAL FLÉCHÉ :
La course prend alors des airs de mascarade lorsque dès la première boucle, plusieurs dizaines de cavaliers se trompent de parcours, suite à un mauvais balisage. Certains prennent alors des raccourcis et des écarts se creusent entre les concurrents. Une autre question se pose alors : dans quelle course digne de ce nom oublie-t-on de baliser une partie du parcours ?

* UNE ORGANISATION DÉFICIENTE :
Les officiels décident alors d’arrêter la course pendant une heure afin de régler ce ‘léger détail’, et d’amputer la course d’une 40aine de km : les 160 km prévus se transforment en 120 km, avec la suppression de la première boucle. La colère commence à gronder, mais les officiels sont formels : il y aura un deuxième départ.
13h : Retour à la case départ, les compteurs repartent à 0 et la course repart pour la 2ème boucle (devenue la première). Le grand favori, le Sheikh bin Mohamed al-Maktoum, aux rênes de Castlebear Corsair, n’en prend pas le départ.
14h40 : 2ème vet gate, les éliminations sérieuses commencent, et certaines nations n’ont plus d’équipe. C’est le cas de la Belgique et de la Suisse. Quatre nations conservent en revanche leurs 4 couples : l’Espagne, la France, le Bahreïn et le sultanat d’Oman.
16h : les premiers concurrents arrivent à bout de la 3ème boucle et se présentent au 3ème vet gate. Les EAU n’ont alors plus d’équipes car al-Marri, en selle sur Lockelea Starwood Comet et le Sheikh Hamed Dalmouk al-Maktoum, associé à Bullio Solute, sont éliminés, le rythme cardiaque de leurs chevaux étant au-dessus des 64 battements/min. Les Espagnols, sont alors largement en tête de l’épreuve et galopent vers la victoire.
17h30 : Au cours de la 4ème boucle, nouveau rebondissement, le dernier cavalier émirati, Rashid Dalmouk al-Maktoum et Dahi, sixième au provisoire, abandonne.
17h45 : Alors que les derniers cavaliers terminent la 3ème boucle et que de nombreux concurrents courent à la 4ème (à environ 1h de l’arrivée),  la nouvelle tombe comme un coup de massue : les officiels décident d’annuler purement et simplement la course, prétextant que les conditions climatiques (combinaison de la chaleur et de l’humidité, ainsi que de la qualité du terrain) étaient devenues trop difficiles pour les chevaux. Les cavaliers rentrent alors dépités, les organisateurs et officiels se font huer, le monde de l’endurance coule.

* UNE COURSE CORROMPUE ?
Sans preuve, difficile d’accuser. Mais certains détails sont troublants.
–> En amont de la compétition, plusieurs officiels dénoncent un favoritisme sur le dessin de la course
–> L’annulation de l’épreuve survint à peine que le dernier cavalier émirati ait abandonné et alors qu’une pétition, pour annuler ces championnats et les reprogrammer à Dubaï, circule.
–> L’un des sponsors de la course n’est autre que la société Meydan… société basée à Dubaï et détenue par la famille Al-Maktoum, famille régnante (pour rappel le Sheikh Mohammed Bin Rashid Al-Maktoum est, entre autre, le vice-président et premier ministre des Émirats arabes unis et émir de Dubaï) dont trois membres composent l’équipe des Emirats. Étrange n’est-ce pas ?

On pourrait croire à une vaste blague et, face à autant de rebondissements, on aurait presque envie d’en rire. Mais cette envie passe bien vite, lorsque l’on pense à toutes les délégations qui ont fait le déplacement, à tous les cavaliers qui se sont entrainés pendant des mois et des années pour se préparer à une telle échéance et à l’argent et au temps investis par chacun pour, à l’arrivée, nous donner un spectacle des plus déplorables. Ces jeux de Tryon ont déjà un gout amer au moment où l’on prie de ne pas avoir assisté à la mort de l’endurance.

 

 

Pour aller plus loin / sources : 

Liste des équipes au départ

L’endurance ouvre les jeux

Problème de départ et de balisage

La course fait des dégâts

Les Emirats Arabes Unis sont out

Pourquoi la course a été annulée

La tragicomédie de Tryon

Réaction de Jean Philippe Frances, 3ème au classement provisoire au moment de l’annulation

Réaction de Bénédicte Emond-Bon, sélectionneuse nationale de l’équipe de France d’endurance

Réaction de Sophie Dubourg, directrice technique Nationale de la France

Article de l’éperon 

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5 réflexions au sujet de « Les JEM de Tryon, les jeux de la honte ? »

  1. MAIS WTF, je n’en reviens pas de ce que lis, c’est quoi cette organisation ? On adore les JEM, et ils trouvent le moyen de nous faire scandale
    , je veux dire merde quoi, ils annulent la course alors que les chevaux l’on fini, qu’ils fasse 120 km eux et qu’on annule au dernier moment et qu’on leur dise « c’est a cause du temps faut recommencer demain »

    Mais du coup ? Ils vont la refaire la course ?

    C’est du n’importe quoi, une honte, pauvre chevaux, je plein les équipes, ça donne encore une bonne image des etats unis

    Aimé par 1 personne

    1. C’est la bérézina à Tryon les derniers travaux d’aménagement et de construction ne sont pas encore finis alors que la compétition a déjà commencé…
      Pour l’instant, il n’y a pas d’information sur un possible report, ils ont parlé de cet automne sur la péninsule arabique… Affaire à suivre…

      Aimé par 1 personne

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